À l’honneur : Battarea phalloides

Juin 2026, cette rare et magnifique espèce a été rencontrée dans deux stations ces jours-ci.

Signalée dans les Pyrénées-Orientales, le 16 juin par Armelle Dufay.

Battarrea phalloides (Dicks.) Pers. est l’un des champignons les plus singuliers de notre fonge. Ce basidiomycète gastéroïde de la famille des Agaricaceae surprend par sa silhouette évoquant une véritable « vesse-de-loup sur échasses ».
Le basidiome est porté par un long stipe dressé, sec et fibreux-lacéré, brun ocracé à brun rouille, pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres de hauteur. À son sommet se développe une tête sporifère globuleuse qui, à maturité, s’ouvre par rupture circulaire du péridium. La gleba brun cannelle à brun rouille devient alors pulvérulente et libère progressivement les spores sous l’action du vent. À la base subsistent souvent des restes membraneux correspondant à la volve du jeune sporophore initialement enfoui dans le sol. Les fructifications desséchées deviennent très coriaces et peuvent persister de nombreux mois.

Au microscope, l’espèce se caractérise notamment par ses spores globuleuses à subglobuleuses, finement verruqueuses, mesurant généralement de 5 à 6,5 µm. La gleba contient également des élatères — parfois décrits comme des éléments du pseudocapillitium — cylindriques à fusiformes, pourvus d’épaississements spiralés ou annulaires. Ces structures hygrosensibles participent à l’aération et à la désagrégation progressive de la masse sporale, favorisant la dispersion des spores dans les milieux secs où l’espèce est installée.

Battarrea phalloides est une espèce saprotrophe xérothermophile, inféodée aux sols secs, pauvres et très drainants. On la rencontre dans les dunes, les pelouses sèches, les friches anciennes, les talus sableux ou d’autres habitats ouverts à végétation discontinue. Sa présence est souvent associée à des milieux chauds et relativement stables, ce qui lui confère un intérêt patrimonial certain.

Sa phénologie doit être interprétée avec prudence. Les fructifications pouvant persister longtemps après leur formation, une observation en automne ou en hiver ne correspond pas nécessairement à une fructification récente. L’espèce demeure rare et très localisée en France, probablement en partie sous-détectée.

Les risques de confusion sont très limités chez les exemplaires bien développés. Les espèces du genre Tulostoma présentent également un sporophore porté par un stipe, mais elles sont nettement plus petites et s’ouvrent par un simple ostiole apical. Podaxis pistillaris, espèce adaptée aux régions désertiques, possède quant à elle une silhouette plus allongée et moins nettement différenciée.

Par son allure insolite, Battarrea phalloides constitue un excellent ambassadeur de la diversité morphologique des champignons. Elle illustre parfaitement l’évolution des formes gastéroïdes au sein des Agaricales et les remarquables adaptations développées pour assurer la dispersion des spores dans les environnements les plus secs.

Références principales :
Pegler et al. (1995), British Puffballs, Earthstars and Stinkhorns ; Martin & Johannesson (2000) ; 
MycoBank ; Index Fungorum ; Fungi of Great Britain and Ireland ; MycoWeb ; MycoDB ; First Nature.

Distribution des récoltes de l’espèce en France sur FongiBase

https://fongibase.fongifrance.fr/rechrec/

Texte de E. Boite

Signalée le 21 juin par A. Champagne à Paris, dans je jardin du Museum.